MALAISE DANS LE SERVICE PUBLIC. ASSEZ DE DÉGÂTS.
Pourquoi Claire, Philippe, Aziz, Marie, Josiane, Rachida et tant d’autres agents dans les services publics sont-ils aujourd’hui harcelés, pointés du doigt, mis à l’écart pour des raisons qu’ils ne s’expliquent pas ? Victimes d’homophobie, de racisme ou de discriminations en tous genres ? A moins qu’ils n’aient fait qu’effectuer leurs missions dans le strict respect des lois de la République ou qu’ils n’aient dénoncé les dysfonctionnements choquants dont ils sont les premiers témoins ?
Des dizaines de messages ont été adressés au Collectif de soutien de Sihem SOUID, l’auteure d’Omerta dans la Police, émanant d’agents venant de toutes administrations, incroyablement bouleversants parce que graves et sincères, disant tous la souffrance au travail, l’amertume devant le mutisme et l’inertie des hiérarchies, l’incompréhension et aussi la révolte devant le sort qui leur est réservé.
Pas une semaine sans que ne soit relaté le suicide d’un fonctionnaire, sur son lieu de travail ou ailleurs, dénonçant des méthodes de management inhumaines, des conditions de travail déplorables.
Qu’en est-il aussi des tentatives de suicides dont on ne parle jamais ? De celles cachées par la honte d’avoir cédé à une tentation morbide ou trop facile ? De celles mises sur le compte de problèmes familiaux afin de se donner bonne conscience ?
Que dire de tous ceux qui sont placardisés, brimés, injustement sanctionnés ?
Combien seront-ils à passer à l’acte d’ici la fin de l’année ?
C’est pourquoi, face aux administrations sourdes, muettes ou inopérantes, nous avons décidé de nous mobiliser et de créer avec Sihem SOUID l’association SOS FONCTIONNAIRE VICTIME afin d’offrir écoute et assistance à ces personnes. Elle permettra que s’ouvre, à côté des organisations syndicales, un nouvel espace citoyen de soutien, de visibilité et de propositions. Car nous n’en resterons pas au constat. Comment a-t-il été possible qu’aujourd’hui la stigmatisation des fonctionnaires, les procès à charge, la dictature du chiffre, la compétitivité à coup de primes au mérite ou au résultat aient pris le pas sur l’intérêt général ? Qu’on ne parle que de rentabilité quand il ne faudrait se soucier que d’efficacité ? Comment en est-on arrivé à une telle détérioration des rapports humains ? Nous le disons : parce que les importantes protections issues du statut de la fonction publique et le droit administratif napoléonien n’ont pas été suffisants pour endiguer le retour de la conception révolue du fonctionnaire « qui sert, travaille et se tait ». Il faut aller plus loin.
Un nouveau renforcement de la protection des agents du service public, la réhabilitation des fonctionnaires victimes, la reconnaissance des lanceurs d’alerte doivent être mis à l’ordre du jour. Et cela encore plus aujourd’hui quand l’accompagnement des Français dans la crise va nécessiter un service public plus disponible et ambitieux, qui n’ignore pas que la première des motivations des fonctionnaires est souvent celle de la satisfaction du devoir accompli.
Avec tous ceux qui voudront se joindre à nous, fonctionnaires, syndicalistes, universitaires, acteurs politiques et associatifs, nous prendrons des initiatives. Nous instaurerons une vigilance permanente.
C’est pourquoi aujourd’hui nous vous interpellons. Nous attendons des réponses claires et précises à nos interrogations et espérons que notre appel sera entendu,
que vous
vous engagerez avec conviction auprès de vos fonctionnaires de façon à les soutenir, les protéger, les défendre et leur donner envie de croire encore à la grandeur de leur mission ;
que vous
leur rendrez leur dignité dans le travail ;
que vous
restaurerez sur l’ensemble du territoire français un service public à la française, accessible, disponible, et surtout humain, celui pour lequel ils se sont engagés et dont tous les habitants
de France ont besoin.
...Peut-être jusqu'au suicide ?
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